Une création du Théâtre du Tandem, du Théâtre de la Marée Haute et du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui
Dans une petite ville prospère, un immense fourneau gronde jour et nuit.
Non loin, Fernand, retraité, vit paisiblement dans la maison familiale,
entouré de ses deux filles et de leurs fils, les mini Fernand. Mais pendant
que la ville fête son centenaire, une annonce bouleverse l’équilibre :
toutes les maisons autour du fourneau seront rasées. L’une des filles,
optimiste et confiante envers les autorités, voit là un progrès nécessaire.
L’autre, rongée par l’inquiétude, s’alarme de la contamination. Au cœur de
cette fracture, Fernand refuse de quitter sa maison.
Avec Fondre, Emmanuelle Jimenez signe une fresque à la fois lucide et onirique sur l’attachement aux lieux, les héritages empoisonnés et ce que le déni permet de préserver, jusqu’à ce que tout s’effondre. Entre fable écologique et drame familial, la pièce donne voix aux grondements d’un territoire, où le feu consume autant qu’il rassemble et où l’on s’accroche à ce qui nous détruit, faute de savoir s’en défaire.
Qu’est-ce… que vous faites? Je vous ai vus : vous mangez de
la neige. Vous. Ne. Pouvez. Pas. Manger. De. La. Neige. Vous.
Ne. Pouvez. Pas. Manger. De. La. Neige. Vous. Ne. Pouvez.
Pas. Manger. De. La. Neige. Vous. Ne. Pouvez. Pas. Manger.
De. La. Neige. C’est dangereux. C’est contaminé. Ça fait
combien de fois que je vous le dis. Vous. Ne. Pouvez. Pas.
Manger. De. La. Neige. Vous pouvez pas ronger vos ongles.
Vous pouvez pas manger les légumes qui poussent ici. Vous
pouvez pas vous décrotter le nez. Vous pouvez pas jouer
dans le sable. Vous pouvez pas être des enfants ici. Vous
pouvez pas vivre.
Mot de l'autrice
Toutes les communautés qui doivent leur fondation et leur existence à des industries polluantes, les company towns, sont traversées par des questionnements existentiels. Malartic, Thetford Mines, Murdochville et tant d’autres à travers le monde… Leur histoire est celle d’une certaine vision du territoire et du développement. Une vision du monde emblématique de la crise environnementale mondiale.
Dans la foulée du scandale de l’arsenic à Rouyn-Noranda, je me suis intéressée plus largement à la question suivante : comment vivre dans un monde empoisonné ? Comment s’orienter quand deux récits collectifs s’opposent à ce point ? L’un qui crie très fort que notre milieu de vie est contaminé, et l’autre qui glorifie la prospérité offerte par ce qui nous empoisonne ? On capote ? On s’habitue ? On fait avec ? Ou on se révolte ? Entre le déni et l’anxiété, existe-t-il une voie de passage ?
La première fois que je suis allée à Rouyn-Noranda, je suis arrivée en pleine nuit. J’y ai découvert une cité dans la cité, une sorte de bête illuminée : un enchevêtrement complexe de tuyaux gigantesques et de bâtiments sulfureux au-dessus desquels trônent deux immenses tours. C’est la fonderie Horne. Gigantesque Mordor où jeter à la fois toutes nos richesses de métal, tous nos déchets impossibles, toutes nos haines et tous nos espoirs… Un feu où fondre le monde.
Cette fonderie, forte d’une expertise unique au monde, produit, entre autres, des anodes de cuivre et recycle des déchets électroniques. Ce faisant, elle émet des métaux lourds qui polluent la ville, contaminent le sol, l’air, les lacs, les animaux et les légumes des potagers. Un mal nécessaire ?
En 2019, une étude des autorités de la Santé publique révèle que le quartier Notre-Dame, voisin immédiat de la fonderie, est fortement contaminé à l’arsenic — hautement cancérigène et roi des poisons. La population de la ville, par ailleurs prospère et d’une grande vitalité culturelle, est grandement divisée. On s’entredéchire au centre d’achats, au conseil municipal, dans les chaumières.
En 2022, sur fond de campagne électorale provinciale, le premier Ministre déclare que ce sont les citoyen·nes de Rouyn-Noranda qui devront décider si la fonderie doit fermer… Devant une telle absence de leadership, on peut se demander si ce n’est pas l’État qui devrait fermer ses portes, ou s’il n’a pas déjà commencé à fondre. D’aucun·es diront que la planète est devenue un company world.
Je parcours les rues de Rouyn-Noranda, je respire son air, je m’y fais des ami·es. Je lis, je m’informe, je me pose un million de questions. Je rencontre des gens qui aiment la vie, qui aiment leur ville et qui ont des points de vue diamétralement opposés. À la fin de mon dernier séjour, au moment d’embarquer dans l’autobus, je ne comprends plus rien. Je ne sais plus quoi penser. Tout le monde a raison, tout le monde dit vrai. Dans ces conditions, comment on fait pour se parler et se comprendre ?
Pour le meilleur et pour le pire, on s’attache, nous, les humains. Aux territoires qu’on habite. Aux lieux qui nous voient naitre et grandir. On s’y réveille, on regarde dehors, on fait des projets, ça marche, ça marche pas, grand-papa meurt, on s’effondre, on se relève, on organise des barbecues, on danse, on fait l’amour, on rit, on développe des amitiés, on vit notre best life… Et à la fin, on dit : Je suis chez moi, ici. Tout est là : dans la force du chez nous qui donne un sens à l’existence et qui définit, au-delà de la contamination, notre place dans le monde, dans la Nature. La grande Nature.
La Terre est si belle. La vie est une chance, malgré les poussières et les cœurs brisés.
Fondre est une histoire inventée. C’est la tienne. C’est la nôtre. Nous vivons dans un monde empoisonné et fatigué. Un monde courageux bientôt ?
— Emmanuelle Jimenez
Mot du metteur en scène
J’ai rencontré les citoyennes et citoyens de Rouyn-Noranda par l’entremise de Michelin, un spectacle dans lequel je me racontais avec toute ma vulnérabilité. Mettre en scène aujourd’hui Fondre, un projet aussi chargé de sens et inspiré de la relation à la fonderie Horne, m’oblige à un investissement encore plus grand : celui de me mettre au service d’une population.
Je ne peux pas mettre en scène la relation de cette population avec la fonderie. Je ne m’en sens pas légitime. Je ne peux raconter aussi bien qu’eux leur réalité, leur histoire, leur rapport complexe à une entreprise qui marque profondément le territoire. Cette parole leur appartient.
Mais je peux raconter ce que je connais.
Venant d’une famille où les points de vue divergent, je pouvais mettre en scène cette fracture intime. Je pouvais mettre en scène la divergence d’opinions qui altère parfois les relations familiales, les silences qui s’installent, l’amour qui persiste malgré les désaccords. Je pouvais mettre en scène l’angoisse face à des choix de société qui nous dépassent, ces décisions collectives qui s’invitent jusque dans nos cuisines, nos repas, nos liens les plus proches.
Fondre ne cherche pas à parler à la place de, mais à faire résonner. À faire entendre ce moment où l’intime et le politique se rencontrent, où l’on tente de rester ensemble malgré ce qui nous divise. C’est à cet endroit-là que je me tiens, humblement, en espérant que le théâtre puisse devenir un espace d’écoute, de tension féconde et, peut-être, de rapprochement.
— Michel-Maxime Legault
Équipe de
Fondre
DRAMATURGIE
Marie-Noëlle Blais
SCÉNOGRAPHIE
Jonas Veroff Bouchard
LUMIÈRE
Etienne Boucher
MUSIQUE
Jean-Philippe Rioux-Blanchette et Marie-Hélène Massy Emond
VIDÉO
Dominic Leclerc
COSTUMES
Eliane Cordeau
ACCESSOIRES
Alain Jenkins
MOUVEMENT
Danielle Lecourtois
MAQUILLAGES ET COIFFURES
Sylvie Rolland Provost
INTÉGRATION VIDÉO
Julien Blais-Savoie
RÉGIE GÉNÉRALE
Catherine Desjardins-Jolin
STAGIAIRE À L'ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE ET À LA RÉGIE
Alice Wistaff
DIRECTION DE PRODUCTION
Marjorie Bélanger
DIRECTION TECHNIQUE
Xavier Côté
AVEC L'ASSISTANCE DE
Jannick Perron
AVEC L'ASSISTANCE DE
Jannick Perron
CONSTRUCTION DES DÉCORS
Productions Yves Nicol inc.
Théâtre de la Marée Haute
Marée Haute : Mouvement oscillatoire de niveau de la mer dû à l’attraction de la Lune et du Soleil sur la masse d’eau des océans. Déformation d’un astre (ou d’un être) sous l’action gravitationnelle de son environnement.
Le Théâtre de la Marée Haute veut faire de ce phénomène naturel un phénomène théâtral : comprendre l’influence d’un élément sur un autre, cerner l’incidence d’un être humain sur son proche, de la société sur nous. Exposer la complexité et les faiblesses de l’humain dans ses rapports aux autres, par rapport aux autres; voilà le mandat que s’est donné le Théâtre de la Marée Haute.
Centre du Théâtre d'Aujourd'hui
Le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui est entièrement dédié à la dramaturgie d’ici. Il soutient la création, la production et la diffusion d’œuvres québécoises et canadiennes d’expression française. Il défend un théâtre d’auteur ainsi qu’une réflexion moderne et sans compromis sur les enjeux contemporains. Y adhérer, c’est laisser sa trace dans l’histoire ; la nôtre, celle qui s’écrit au présent.
Théâtre du Tandem
Implanté en Abitibi et au Témiscamingue, le Théâtre du Tandem se donne pour mission de rendre compte de la réalité et de l’imaginaire des citoyens d’un territoire considéré comme une région ressource.
La compagnie travaille à l’émergence d’une parole artistique en accompagnant des artistes oeuvrant sur le territoire de l’Abitibi-Témiscamingue ou reliés à son imaginaire.
Elle s’emploie également à créer des dispositifs de mise en dialogue et d’émulation, des espaces d’interaction et de réciprocité. Ce faisant, la compagnie assure un rôle de passerelle, de courroie de transmission entre des artistes implantés en Abitibi-Témiscamingue et des créateurs d’ailleurs, conviés à venir partager avec notre équipe une même réflexion, un même imaginaire.
Emmanuelle Jimenez
AUTRICE
Emmanuelle Jimenez a suivi une formation en interprétation au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Tout en poursuivant sa carrière de comédienne, elle se consacre à l’écriture dramatique. Parmi ses textes qui ont été montés, on compte Du vent entre les dents (Centre du Théâtre d’Aujourd’hui), Rêvez, montagnes ! (Nouveau Théâtre Expérimental), Centre d’achats (Centre du Théâtre d’Aujourd’hui), Cendres (Des pieds des mains), Bébés, spectacle coécrit avec Alexis Martin (Nouveau Théâtre Expérimental), Alice ! (Théâtre du Trident) et Le roi danse (Théâtre Denise-Pelletier). Elle a été dialoguiste pour la série dramatique NOUS (Duo Productions). Elle a mené de nombreux projets de médiation culturelle, notamment avec La Maison Bleue à Côte-des-Neiges et la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord. Elle a été membre du conseil d’administration du festival du Jamais Lu de 2003 à 2010. Et elle siège au conseil d’administration de l’Association québécoise des autrices et auteurs dramatiques (AQAD) depuis 2014.
Michel-Maxime Legault
METTEUR EN SCÈNE
Michel-Maxime Legault est diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Québec. Il est cofondateur du Théâtre de la Marée Haute pour lequel il a signé les mises en scène de Cr#%# d’oiseau cave, Centre d’achats, Ce que nous avons fait, Irène sur Mars, Parfois, la nuit, je ris tout seul, Kvetch, Rhapsodie-béton, Top Dogs et Kick. Il a aussi mis en scène Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz, Savoir compter, Stop the Tempo, Comment je suis devenue touriste, Menteur, Le spectateur condamné à mort, Les conjoints, Warwick, ainsi que plusieurs théâtres d’été dont Zaza d’abord et À la recherche d’Elvis présentés au Théâtre des Cascades. Depuis 2005, il a joué dans plusieurs pièces dont Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu, Les savants, Vie et mort du roi boiteux, Cock, Les jumeaux vénitiens, De l’amour et des restes humains, Le père Noël est une ordure et Piaf. À la télévision, on a pu le voir dans Lâcher prise, Pure laine, Les pieds dans la marge, District 31 et Toute la vérité. Il est également diplômé d’une neuvième année de piano classique à l’École de musique Vincent-d’Indy. Il a enseigné le jeu scénique d’opéra à l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke. Il est également professeur d’interprétation invité dans les différentes écoles de théâtre au Québec.
Eve Landry
INTERPÈTE
Eve a débuté sa carrière principalement au théâtre en s’entourant de metteurs en scène et artistes talentueux tels que Benoît Vermeulen, Olivier Choinière, Marc Beaupré, René-Richard Cyr et Christian Lapointe. Elle a aussi été dirigée par Sylvain Bélanger dans le magnifique J’accuse d’Annick Lefebvre, était sur la scène d’Espace Libre dans la pièce Bébés et sur celle du TNM dans Prélude à la nuit des rois. Eve s’est fait remarquer du grand public grâce à son rôle de Jeanne Biron dans Unité 9. Nos plus petits la connaissent plutôt sous les apparences de Liliwatt, la sorcière qu’elle interprétait dans Salmigondis. Elle a ensuite performé dans les séries M’entends-tu?, Épidémie, Doute raisonnable, District 31 et elle devenue la procureure de la couronne Gabrielle Laflamme dans la série À coeur battant. Au cinéma, elle a fait une apparition dans Dédé à travers les brumes de Jean-Philippe Duval. Elle était également de la distribution de Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambault et sera de celle de Bungalow de Lawrence Côté-Collins. En 2022, c’est en tant qu’animatrice qu’on a pu la découvrir dans la série documentaire Quelles familles sur Unis TV. Elle était également sur les planches du TNM et du Trident dans la pièce Un ennemi du peuple, mise en scène d’Édith Patenaude. En 2023 elle joue dans corde. raide dans une mise en scène d’Alexia Bürger à l’Espace Go.
Janie Lapierre
INTERPÈTE
Graduée de l’École Nationale de théâtre du Canada, Janie Lapierre est une artiste passionnée par les rencontres, le partage et la complexité de l’être humain.e. Elle s’adonne principalement aux arts vivants à titre d’interprète, de danseuse et de chanteuse. Plusieurs collaborations dans divers projets de créations lui auront également permis de toucher à l’écriture et à la mise en scène. On pourra voir Janie dans le spectacle Nos mères meurent (et nous n’y pouvons rien), une co-production du Théâtre du Tandem et du Théâtre les Béloufilles, à l’été et l’automne 2025.
Roger Léger
INTERPÈTE
Diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1982, Roger Léger se démarque par sa polyvalence et sa présence sur la scène théâtrale, télévisuelle et cinématographique québécoise. À la télévision, il a interprété un très grand nombre de personnages, de À plein temps, à Montréal, ville ouverte, en passant par Ent’Cadieux, Alys Robi, Des fleurs sur la neige, Sous un ciel variable et plusieurs autres. Il a marqué le public québécois grâce à ses rôles dans L’auberge du chien noir, En thérapie, Les pays d’en haut, Les honorables, Une affaire criminelle, Plan B, Faits divers 2, District 31 et La maison bleue. Depuis 2023, on a, entre autres, pu le voir dans les séries La candidate, Alertes, À cœur battant, Les armes, Dumas et Passez au salon. Roger a d’ailleurs été mis en nomination aux prix Gémeaux dans la catégorie « rôle de soutien » pour ses rôles dans Alys Robi et En thérapie. Au cinéma, il a été de la distribution de Solo, Respire, Roche papier ciseaux, Gaz Bar Blues, Cruising Bar, ainsi que plusieurs autres courts et longs métrages. Au théâtre, on a pu le voir jouer dans Disparu.e.s, Le barbier de Séville, 24 poses, Motel Hélène, Natures mortes, À la recherche d’Elvis, Antigone, etc. Il a été de la distribution de Silence, on tourne !, Les Plouffe et Moi et l’autre. De 2011 à 2019, Roger a également été copropriétaire et directeur artistique du Théâtre des Cascades. Il a aussi publié une première œuvre littéraire, Le temps est doux même quand les temps sont durs, un recueil paru chez Dramaturges Éditeurs en aout 2022.














