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L'actualité du Théâtre du Tandem

Pour un théâtre en prise directe sur ses publics

Par Mélanie Hallé, collaboratrice du Théâtre du Tandem

Produire une pièce de théâtre implique habituellement de trouver un texte, des acteurs et une équipe de production, puis de répéter et présenter la pièce devant un public.  Il s’agit donc d’un processus désynchronisé : des années peuvent s’écouler entre l’événement qui inspire un texte à un auteur et le moment où un metteur en scène décide de lui donner vie sur une scène de théâtre. Dans tout ce processus, le public ne participe qu’à la toute fin, c’est-à-dire lors des représentations. Pourquoi n’impliquer le public que lorsque tout est décidé et déjà construit? N’aurait-on pas intérêt à le consulter plus tôt au cours du processus de création? C’est cette avenue qu’explore le théâtre participatif de Ricardo Lopez Munoz, une avenue que le Théâtre du Tandem n’hésite pas à emprunter en prévision de sa création 2018.

En mars dernier, le Théâtre du Tandem a reçu en résidence de création ce metteur en scène franco-espagnol pour qui l’inclusion du public dans le processus de création est fondamentale. Pour Ricardo Lopez Munoz, l’écriture scénique se construit avant tout par la rencontre avec le public durant le processus  de création. On ne parle pas ici d’un public spectateur qui assiste aux différentes étapes de création, mais bien de spectateurs impliqués qui partagent leurs vécus pour faire émerger une parole collective. Le rapport au public change donc puisque la création est partagée. Le théâtre devient un lieu de rencontres dynamiques et fait disparaître le 4e mur.   Il place le spectateur au cœur même du processus de création et donne  une voix à ceux que l’on n’entend habituellement pas.

C’est cette méthode de travail fondée sur la mise en avant de la parole citoyenne qui a le plus séduit Hélène Bacquet lorsqu’elle a rencontré Ricardo Munoz Lopez lors du Festival Zones théâtrales en 2013. À l’époque, M. Lopez Munoz menait un projet au Chili à propos de l’événement médiatique créé par le sauvetage des 33 mineurs coincés sous terre après l’effondrement minier de la mine de San José.  Le sujet des mines touchant de près l’Abitibi-Témiscamingue, l’intérêt de la directrice artistique du Théâtre du Tandem  pour le travail du metteur en scène s’en est vu augmenté.

La région s’est développée en grande partie grâce à l’industrie minière. La cohabitation des habitants avec cette industrie s’est faite pendant des décennies sur un mode « vertical », les gisements étant exploités de manière souterraine. Le projet Osisko de Canadian Malartic est cependant venu changer la donne avec l’exploitation d’une mine à ciel ouvert à même le village de Malartic. Les citoyens de l’Abitibi-Témiscamingue ont  été les témoins privilégiés d’un grand déchirement communautaire, d’une mise à l’épreuve du tissu social. De par sa localisation, cette mine amène un  questionnement sur l’occupation du territoire et sur le sentiment d’appartenance d’une population envers ce territoire.

À l’heure actuelle, d’autres projets de mines à ciel ouvert près des milieux habités sont envisagés, notamment à Launay,  Granada et Kipawa. En Abitibi-Témiscamingue, les occasions de débats publics ne sont pas si fréquentes. Le projet de Ricardo Lopez Munoz Inven(taire) à ciel ouvert a pour but de contribuer par l’art à la réflexion sur la cohabitation des mines et des communautés. Comme le mentionne Hélène Bacquet, « par l’art, on peut aborder les sujets sous un angle sensible, humain, en dehors des débats partisans ».